Certains appelleront ça du jardinage « durable » ou bien « écologique » ou encore « tendance », mais peu importe le terme que l’on emploie, il y a bien une révolution dans les jardins. Les faits sont là : la nature change due au réchauffement climatique, les plantes sont malmenées et nous le devons à nous même.

Quelques uns d’entre vous se disent peut-être que c’est exagéré, que même dans son jardin on ne peut plus faire ce que l’on veut. Alors la réponse serait de dire que le jardinier compose, sculpte, qu’il est là pour prévenir les maladies et les ravageurs dans son jardin mais il ne faut pas oublier que le jardinier est avant tout un observateur.

Bien connaître son jardin c’est bien connaître ses besoins.

Et quand en plus il y a un impact sur l’environnement, il est primordial d’y remédier au plus tôt en raisonnant nos actions et en se posant les bonnes questions :

« J’aime bien cette plante ! » MAIS

-         Quels sont ses besoins en eau ?

-         Quelle est sa rusticité ?

-         Est-elle résistante aux maladies ?

-         Lui connaît-on un ravageur récurrent ?

-         Quelle terre affectionne-t-elle ?

-         Quel volume prendra-t-elle une fois adulte ?

Autant de questions qu’il faut maîtriser dans l’intérêt de la plante et dans l’intérêt de tous.

Terre

La biodiversité, un équilibre avant tout !

La biodiversité, c’est l’ensemble des êtres vivants sur la planète, végétal et animal. Le « et » est très important puisque l’un ne va pas sans l’autre. Si on supprime une espèce végétale, c’est une espèce animale qui est menacée et vice versa.

En trente ans, nous avons perdu environ 30 % de notre biodiversité.

A ce jour, 1 espèce disparaît toutes les 18 minutes.

Alors qu’est ce que les jardiniers ont à voir avec ça ?

Peut-être pas grand-chose, mais il faut savoir que des espèces végétales exotiques se sont ressemées et ont proliféré dans les milieux naturels où elles en menacent leur équilibre et parfois même leur existence. Certains mobiliers de jardin qui contiennent des métaux lourds ont un impact direct sur l’environnement. Les jardiniers consomment plus de pesticides que les agriculteurs et sont, par conséquent, responsables de certains nitrates dans les nappes.

Alors oui, le jardinier a un rôle à jouer sur le plan environnemental.

On peut toujours continuer notre chemin en se disant que les prochains ramasseront les pots cassés, mais « les prochains » sont qui ? Ce sont nos enfants, et il faut savoir une chose, c’est que la nature réagit toujours à retardement. Nous payons donc pour nos parents et nos grands-parents et ainsi de suite. Alors, arrêtons nous un peu pour respirer le parfum des fleurs et faisons une chose, réfléchissons.

Ces quelques phrases sont peut-être un peu « cucu » et nous n’allons pas sauver le monde. Mais nous allons essayer de vous apporter quelques idées pour jardiner plus « durablement », « écologiquement », « biologiquement », mais surtout intelligemment.

Un jardin varié, un écosystème riche.

Ne sortez pas l’artillerie au moindre pucerons, ou à la première tâche sur une feuille. Le meilleur moyen pour éliminer les pucerons sur un bouton, c’est de les enlever à la main. Une maladie qui apparaît peut signifier que la plante n’est pas dans de bonnes conditions de cultures (manque ou excès d’eau, terre inappropriée, fertilisation inadaptée…)Coccinelle

Apprenez à associer les plantes et ainsi enrichir la biodiversité dans son jardin, car, rappelez-vous que tout est lié, plus vous augmenterez le nombre d’espèces végétales et plus le nombre d’espèces animales et notamment de prédateurs naturels (coccinelles, chrysopes, araignées…), seront présents dans votre jardin. Cela s’appelle, la lutte biologique intégrée.

 

Nous n’allons pas rentrer dans les détails mais considérez ces chiffres :

Les coccinelles et notamment leurs larves, consomment jusqu’à 60 pucerons par jour.

Les chilocorus, larves et adultes, consomment 20 à 40 cochenilles par jour.

Encore plus impressionnant, les larves de chrysopes consomment plus de 600 pucerons avant de se transformer en chrysalide.

Une végétation riche et variée sera un habitat idéal pour ses hôtes.

Mais, attention de ne pas planter côte à côte des végétaux aux exigences opposées.

L’observation

Nous vous avons dit plus haut qu’un jardinier est avant tout un observateur. Avant de sortir une bêche ou un sécateur, sortez plutôt une loupe et Loupefaites le tour du jardin. Prêtez attention à tout ce qui s’y passe.

Lors de l’acquisition d’un jardin, il est important de connaître son sol. Il n’est pas question de faire appel à un géologue ou un pédologue, observez simplement les plantes qui se développent à l’état sauvage. Ces plantes peuvent vous indiquer la nature ou la structure de votre sol, se sont des plantes indicatrices.

Voici quelques exemples :

Ajonc                          sol acide

Chardon                      sol sec

Prêle des champs         sol humide

L’important est de faire son analyse en fonction de plusieurs critères.

-      La colonisation majoritaire de telle ou telle plante

-      Plus longtemps le jardin était laissé à « l’abandon »,    plus l'observation est fiable

-      Tenez compte également de la texture du sol en manipulant la terre (sableux, argileux, limoneux…)

-      Puis délimitez les zones d’ombre et d’ensoleillement du jardin ainsi que le climat de la région

La gestion différenciée

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La gestion différenciée est une solution alternative au jardinage « Eco ». Comme tout, ce n’est pas une panacée, mais elle offre plusieurs avantages rationnels.

Tout d’abord, le retour à un jardinage réfléchi, dont la maîtrise demande des connaissances et une exigence ornementale raisonnable. « Passionnés de jardin à la française s’abstenir ! ».

Ensuite, elle est utile pour ne pas dire indispensable à la sauvegarde de notre biodiversité.

L’axe central de cette méthode est la gestion des tontes. Nous avons pris l’habitude de tondre régulièrement notre gazon comme il se doit. Mais c’est seulement dans un souci d’esthétisme que nous le faisons et parce que nous n’avons pas d’autre alternative. Grâce à la gestion différenciée, nous reconsidérons la tonte autrement. Il n’est pas utile de tondre TOUT son gazon une fois par semaine.

Alors délimitez sur votre pelouse, deux à quatre zones selon la surface.

Zone 1 : votre gazon est tondu régulièrement, c’est une zone d’agrément ou de détente.

Zone 2 : votre gazon est tondu environ une fois par mois, c’est une zone d’activité réduite ou d’agrément, elle subira très peu de traitement, vous pouvez y planter des bulbes par exemple.

Zone 3 : votre gazon est devenu une prairie, elle nécessite qu’une à deux fauches par an et aucune autre intervention. Vous pouvez y semer des annuelles qui l’embellira.

Zone 4 : cette zone n’est possible que dans les très grands jardins, c’est la lisière ou le sous bois. C’est une zone quasi sauvage laissée sous un bosquet d’arbre ou en bandes sinueuses ou périphérique.

Dans tous les cas, il conviendra de choisir les graines appropriées.

Cette gestion différenciée a pour avantage de réduire les temps de tonte puisque l’on peut alterner l’intervention sur les zones. Puis, de réduire les traitements inutiles et ainsi augmenter la biodiversité. L’inconvénient majeur est qu’il faudra s’équiper de nouveaux matériels pour entretenir son gazon (tondeuse à fléaux, débroussailleuse).

Mais nous avons quelques astuces : si vous ne possédez pas de tondeuse à fléaux (comme 99.9 % des particuliers), vous pouvez tondre la zone 2 en remontant la tondeuse au maximum, mais il faudra avoir une tondeuse puissante, donc thermique. Pour les zones 3 et 4 vous pouvez faire l’acquisition d’une faux qui sera moins coûteuse et moins polluante. Mais attention, c’est un outil difficile à utiliser et son stockage n’est pas facile et dangereux de par sa grande lame aiguisée.

La gestion de l’eau

Eau

 

Nous ne pouvions parler de jardin durable sans parler d’eau. Il convient de bien maîtriser l’eau dans son jardin. Comment ? Tout simplement, en pratiquant un jardinage rationnel et un arrosage raisonné. Respectez les périodes propices aux plantations (d’octobre à mai selon le temps). Renseignez-vous sur les exigences en eau des plantes que vous souhaitez (on ne le répètera jamais assez). Arrosez en fonction des besoins, pensez au système racinaire. Faites-vous installer un arrosage intégré. Essayez de récupérer et de stocker l’eau de pluie. Paillez aux pieds des plantes pour limiter l’évaporation.

Autant de geste au quotidien qui limitera considérablement le gaspillage de l’eau.

Déchets verts

La gestion des déchets verts peut se faire dans le jardin. En les compostant, ils deviendront un fertilisant 100% bio. Tout ou presque peut être composté. Tout ce qui provient du végétal : feuilles, gazon, bois broyé, cendre, épluchure ménagère, etc.…

Brassez le tas de compost de temps en temps et veillez à y incorporer les matières de façon équilibrée, par exemple, ne pas mettre que du gazon ou que des épluchures ou que du broya. Gardez une proportion C/N quasi équivalent. D’un côté C (carbone), ce qui est ligneux : broya de bois, feuilles et de l’autre N (azote), ce qui est herbacé : gazon, herbes, épluchure.

Compost

Désherbants

C’est un vrais casse-tête chinois que de trouver une solution pour ne plus désherber chimiquement. Si la solution de la méthode biologique s’applique pour les insecticides, il est moins évident de tirer des conclusions en ce qui concerne les herbicides. Les produits qu’on croyait inoffensifs pour l’environnement comme le glyphosate (Roundup), sont en réalité des poisons. Des études récentes ont démontré que le glyphosate restait dans le sol environ 60 ans et n’était pas complètement dégradé par les micro-organismes du sol. Même chose pour le 2-4D et le chlorate de soude, ce dernier étant interdit.

Alors que faire ? En tout cas, il faut savoir prendre du recule et être responsable et conscient de ses actes. Une mauvaise herbe n’est mauvaise que si elle n’est pas désirée. Il faut apprendre à être tolérant. Paillez les massifs permanents. Finalement, en prenant beaucoup de recule, le plus gênant est l’herbe des allées. Alors, pensez aux matériaux utilisés. N’hésitez pas à recharger en gravier ou autre, afin de rendre stérile le sol. Malheureusement il n’y a pas de solution miracle, il faut innover.

Refuges d’insectes

Pour conserver la biodiversité de son jardin et choyer les auxiliaires de cultures, il convient de leur donner un habitat. Mieux qu’un local phytosanitaireH_tel___auxiliaires et moins coûteux, les refuges à insectes seront une mine d’or contre les parasites.

Voici quelques idées de refuges :

Laissez quelques tas de branches en fagot pour les hérissons,

Mettez à environ un mètre du sol une boîte en bois remplie de paille et de brindilles pour les chrysopes,

Construisez un hôtel à auxiliaires,

Disposez un ou plusieurs tas de pierres ou de bois pour les lézards et les araignées

Conclusion

Nous espérons vous avoir éclairé sur l’importance du « jardin durable » sans toutefois avec des mots d’ordre, être passés pour des donneurs de leçon.

Seuls vous, pouvez tirer les conclusions. Rappelez-vous qu’un bon jardinier, c’est avant tout un bon observateur.

Rien ne saura altérer la passion et le respect de la nature à quelqu’un qui a prit conscience que sans celle-ci, il n’existerait pas…

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